L'article du mois de décembre sur l'agilité en lien avec la dernière rencontre de recherche.

Construit agile

Note de lecture par Antoine Henry sur l'article : "The agility construct on project management theory" par Edivandro Carlos Conforto, Daniel Capaldo Amarala, Sergio Luis da Silvab, Ariani Di Felippoc et Dayse Simon L. Kamikawachi paru en 2016 dans International Journal of Project Management : https://doi.org/10.1016/j.ijproman.2016.01.007

Contexte : cet article est issu d’une recherche réalisée par une équipe d’universitaires Brésiliens pour proposer une définition du « construit agile » - c’est-à-dire de cet objet d’étude qu’est l’agilité - basée sur une revue de la littérature et une méthode d’analyse sémantique. Pour répondre à leur objectif, ils ont construit leur recherche sur une enquête auprès de 171 projets réalisés dans différents secteurs d’activité combinée avec une analyse des facteurs.

Résumé de l’article : Après un rappel historique sur l’émergence de l’agilité, avec un focus particulier sur le manifeste agile, ils reviennent sur l’attention grandissante portée sur la gestion de projet agile (Agile project management). Si le lien avec l’industrie du logiciel est très présent dans les articles sur l’agilité, les auteurs souhaitent dépasser ce point de sorte à pouvoir mieux appréhender la performance et l’effet réel de l’agilité sur les organisations.

Au travers de leur revue de littérature, ils illustrent la diversité des considérations autour de l’agilité. En effet, l’agilité est considérée soit comme une approche, soit comme un attribut d’une pratique ou même comme un comportement. Ce constat est lié au fait que les définitions ou les perceptions de l’agilité sont souvent partielles, voire divergentes. L’objectif des chercheurs est alors de mettre en place une définition claire et unique du « construit agile » de façon à pouvoir identifier une manière de mesurer l’agilité et faciliter le travail des praticiens et des chercheurs grâce à une base commune.

Avant même d’appliquer l’agilité à la gestion de projet, en 1991 le concept de fabrication agile (agile manufacturing) a émergé comme une réponse pour les entreprises afin de s’adapter aux changements et aux évolutions du marché. C’est notamment le manifeste agile qui a popularisé l’agilité dans la gestion de projet, mais sans forcément donner une base claire et précise. Les auteurs identifient à partir de là l’apparition de nombreux discours, outils, méthodes basées sur l’agilité. De la même manière, la distinction qui est faite entre pratique agile et méthode agile reste floue.

Cet état de fait génère une difficulté importante, en particulier, comment réussir à définir et à mesurer l’agilité ? Pour répondre à leur problématique, Conforto et ses coauteurs ont analysé sémantiquement 43 articles sélectionnés sur les 9634 articles identifiés au préalable. En utilisant FrameNet, ils ont abouti à la répartition suivante :

Figure 1 : répartition des termes selon leur fréquence dans les définitions de l’agilité, Conforto & al. (2016, p.665)

Occurences mots agilité 2

La capacité (ability), le(s) changement(s) sont alors les deux termes les plus significatifs dans les articles analysés (ability est présent dans 61% des définitions et changement lui est associé dans 41% des cas). Ils proposent alors la définition suivante de l’agilité : « L'agilité est la capacité de l'équipe de projet à modifier rapidement le plan de projet en réponse aux besoins des clients ou des parties prenantes, aux demandes du marché ou de la technologie afin d'améliorer la performance du projet et du produit dans un environnement de projet innovant et dynamique » (Conforto & al., 2016, p. 667). Pour compléter leur approche, ils mettent en place une analyse de facteurs de sorte à identifier les variables importantes de leur définition :

Figure 2 : les variables identifiées à partir du cadre sémantique, Conforto & al. (2016, p. 668)

Entity

Résultats : les deux éléments fondamentaux de l’agilité sont alors le changement rapide dans la planification des projets et l'implication active du client. De leur recherche découlent trois implications principales :

  • L’agilité devrait être utilisée pour considérer la performance de l’équipe projet et non pas simplement comme un adjectif accolé à méthode ou pratique ;
  • La performance de l’agilité peut être affectée par une combinaison de la capacité à modifier le plan de projet et la participation active du client ;
  • Enfin, l’agilité, en tant qu’indicateur de performance de l’équipe, présente différents niveaux qui sont pertinents pour comprendre l’influence des facteurs internes et externes et les répercussions sur les résultats du projet.

Ce construit méthodologique offre alors une synthèse des définitions relatives à l’agilité en gestion de projet et une modélisation de celle-ci pour illustrer l’activation de l’agilité dans les organisations. Ils n’abordent pas, toutefois, la quantification ni l’évaluation des effets de l’agilité sur la performance organisationnelle. Pour aller plus loin sur l’agilité et sa généralisation, Akim Berkani réalise actuellement sa thèse sur le sujet. Lors de la rencontre de recherche du 13 décembre 2018, il a présenté une partie de ses travaux.

Suggestion de lectures complémentaires :

Appelbaum, S. H., Calla, R., Desautels, D., & Hasan, L. (2017a). The challenges of organizational agility: part 1. Industrial and Commercial Training, 49(1), 6–14. https://doi.org/10.1108/ICT-05-2016-0027

Appelbaum, S. H., Calla, R., Desautels, D., & Hasan, L. (2017b). The challenges of organizational agility: part 2. Industrial and Commercial Training, 49(2), 69–74. https://doi.org/10.1108/ICT-05-2016-0028

Berkani, A. (2017). Rôle des centres dédiés à la diffusion des méthodes agiles : le cas d’une organisation complexe. In 22e conférence de l’Association Information et Management. Paris: AIM.

Berkani, A., & Causse, D. (2018). Enquête sur les caractéristiques du processus de la transformation agile : focus sur les agents de la transition. In 23e conférence de l’Association Information et Management. Montréal: AIM.

Dingsøyr, T., Dybå, T., & Abrahamsson, P. (2008). A Preliminary Roadmap for Empirical Research on Agile Software Development. In Agile 2008 Conference (pp. 83–94). IEEE. https://doi.org/10.1109/Agile.2008.50

Dybå, T., & Dingsøyr, T. (2008). Empirical studies of agile software development: A systematic review. Information and Software Technology, 50(9), 833–859. https://doi.org/10.1016/j.infsof.2008.01.006

Serrador, P., & Pinto, J. (2015). Does Agile work? — A quantitative analysis of agile project success. International Journal of Project Management, 33(5), 1040–1051. https://doi.org/10.1016/j.ijproman.2015.01.006

Van Waardenburg, G., & Van Vliet, H. (2013). When agile meets the enterprise. Information and Software Technology, 55(12), 2154–2171. https://doi.org/10.1016/j.infsof.2013.07.012